« Het Schip » à Amsterdam : un musée à visiter !

Article publié le 17-01-2023 par Association Theo van Doesburg

« Het Schip » à Amsterdam : un musée à visiter !

Abritée dans une des réalisations phare du Amsterdamse School (l’École d’Amsterdam), le Museum Het Schip (Musée Le Navire) propose jusqu’au 27 août 2023 une exposition temporaire d’un grand intérêt, sur l’influence de la culture et des traditions indonésiennes dans le travail de l’architecte Michel de Klerk, membre fondateur de ce mouvement artistique et architectural innovant à tous points de vue. Mais hormis cette exposition temporaire, le musée en soi, tout comme le quartier d’Amsterdam (Pays-Bas) où il se trouve, méritent absolument une visite !

Note de la rédactrice (J. M. Langerijs) de cet article : Le site du Musée « Het Schip », n’existe qu’en versions néerlandaise et anglaise. Le texte qui suit est une traduction libre des informations fournies par le site. Vous trouverez dans la galerie d’images des photos prises lors d’une visite au musée.

Le musée « Het Schip » (Le Navire) est situé dans un complexe de logements sociaux à Amsterdam, conçu par l’architecte Michel de Klerk. En raison de sa forme, le bâtiment était familièrement appelé « Le Navire ».

En 2018, la restauration de « Het Schip » a été achevée, avec le soutien de la Fondation Getty. Le musée est installé dans le bâtiment scolaire qui fait partie de « Het Schip ». L’exposition permanente « Verbeelde idealen » (idéaux imaginés) montre l’essor des coopératives de logement, « wooncoöperaties », et singulièrement de l’école d’Amsterdam en tant que figure stylistique dans la construction et l’art décoratif. Il s’y tient également des expositions temporaires, actuellement « L’Indonésie et l’École d’Amsterdam » (1er décembre 2022 – 27 août 2023) détaillant l’influence de la culture indonésienne dans certaines réalisations architecturales comme « Le Navire ».

Une visite guidée du Musée permet de voir l’intérieur de l’un des logements sociaux et le bureau de poste dans leur état d’origine.

L’école d’Amsterdam a commencé comme un club d’amis qui a pris le pouvoir dans la société d’architecture d’Amsterdam « Architectura et Amicitia » en 1916. Des iconoclastes comme De Klerk, Kramer, Van der Mey, Staal, Gratama et Wijdeveld avaient des idéaux grandioses et politiques pour réaliser une architecture et un urbanisme innovants.

Ils ont cherché de nouvelles formes qui correspondent à leur vision de la société. Il était temps de rompre avec les anciennes formes et de chercher des solutions différentes de l’approche de l’architecte Berlage. Berlage s’était débarrassé du design traditionnel, inspiré du passé, mais son approche était professionnelle et austère. Les jeunes architectes de l’école d’Amsterdam ont décoré le paysage de la rue avec leur architecture exubérante et dynamique. Leurs bâtiments sont reconnaissables à leur utilisation expressive des couleurs et des matériaux et à leur ornementation particulièrement riche. Une grande partie de cette richesse sert le rôle spatial de l’architecture. Les bâtiments de l’école d’Amsterdam définissent et mettent en valeur leur environnement, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. En même temps, ils s’intègrent souvent aux caractéristiques de leur contexte, qu’il s’agisse d’une grande place, d’une rue résidentielle fermée ou d’une campagne idyllique.

Michel de Klerk (1884 – 1923), l’architecte de « Het Schip », était l’un des membres les plus importants de l’école d’Amsterdam. Issu d’une famille juive nombreuse et modeste vivant dans un quartier amstellodamois pauvre ; sa carrière a commencé lorsqu’à 14 ans, il a été remarqué à l’école par l’architecte Eduard Cuypers qui a découvert son talent pour le dessin en voyant comment le jeune garçon pouvait copier son instituteur. Embauché en tant qu’apprenti dessinateur chez Cuypers, De Klerk se lie d’amitié avec Piet Kramer et Jo van der Mey. Ensemble, ils ont jeté les bases de l’école d’Amsterdam. Après s’être mis à son compte en 1911, De Klerk s’est surtout fait un nom avec une série de blocs d’habitation à Amsterdam, pour les coopératives de logement « Eigen Haard » (son foyer en propre) et « De Dageraad » (l’Aube), entre autres. Néanmoins, tous n’étaient pas convaincus par les points de vue des initiateurs de ce nouveau mouvement, des opposants à ce style architectural, déconcertés par tant de mépris des traditions et des vieux principes, allant jusqu’à les prendre pour des dérangés mentaux. Les fans de De Klerk, en revanche, le considéraient comme un génie insaisissable qui avait montré la voie en concevant une ville moderne, dynamique et de grande taille. Le désespoir lié à la perte de cette source d’inspiration est particulièrement frappant dans les hommages qui ont été rendus à la mort soudaine de De Klerk.

De Klerk a conçu non seulement les façades du complexe « Het Schip », mais aussi l’intérieur du bureau de poste, qui en faisait partie. Cet espace richement décoré est conçu jusqu’aux moindres détails par celui qui cherchait à contribuer à l’éducation des ouvriers au moyen d’ornements visuels, considérant que la beauté ne devait pas être réservée aux riches. Tout, dans cet espace merveilleux, vitraux, horloge murale, boiseries, enseignes, mobilier, plafond rectangulaire arqué suspendu au-dessus d’un plan trapézoïdal irrégulier, témoigne du génie de cet architecte engagé et militant socialiste. Les couleurs intenses du bleu violet côtoyant le bleu lavande, restituées lors de la dernière restauration, sont également remarquables. Grâce à cette approche minutieuse autour de la restauration du bureau de poste, le seul aménagement intérieur entièrement préservé de De Klerk peut à nouveau être admiré dans toute sa gloire lors d’une visite du Musée « Het Schip ».

Les architectes de l’école d’Amsterdam ne se contentaient pas de concevoir des bâtiments, ils ambitionnaient une vision globale de l’urbanisation ; une grande partie du mobilier urbain a été conçue par des architectes et des designers dans le style de l’école d’Amsterdam.

L’architecte de la ville d’Amsterdam, Pieter Lucas Marnette (1888-1948), a de nombreuses réalisations à son actif. Parmi ses créations, citons le célèbre « Girobus » (sorte de boîte aux lettres sur pied, réservée aux virement postaux), l’alarme incendie rouge et le kiosque de rue. Anton Kurvers (1889-1940) a conçu le « Girobus » municipal en forme de casque et l’architecte Jo van der Mey (1878-1949) a donné un nouveau look au célèbre urinoir de rue d’Amsterdam, le « Krul » (urinoir en forme de la boucle). Le mobilier urbain peut être admiré dans le jardin du musée.

La loi sur le logement de 1901 appartient au dispositif législatif qui a amélioré les conditions de vie de « petites gens » dès le début du XXème siècle. Grâce à un ensemble de mesures, la résorption des bidonvilles a été encouragée et il a été mis fin à la construction de maisons pauvres et insalubres. Par exemple, les municipalités ont dû élaborer des règlements de construction qui fixent des exigences de qualité pour les bâtiments. En outre, la conception de nouveaux quartiers urbains devait désormais être planifiée dans des « plans d’expansion », comme celui de l’architecte Berlage, appelé « le Plan Sud de Berlage ». L’effet le plus connu de cette loi a été, bien entendu, la construction de logements par des organisations à but non lucratif, les coopératives de logements. Le gouvernement a mis des prêts à la disposition de ces associations de logement qui construisaient pour les ouvriers. Suite à la promulgation de la Loi sur le logement de 1901, les Pays-Bas ont été précurseurs en Europe en matière de construction de logements sociaux de bonne qualité.

Le quartier amstellodamois « Spaarndammerbuurt », où se trouve le Musée « Het Schip » a été créé à la fin du XIXème siècle pour les ouvriers travaillant dans les nouveaux ports voisins. Au départ, c’était un quartier très pauvre où des « marchands de sommeil » gagnaient grassement leur vie en louant des maisons insalubres. Après l’entrée en vigueur de la loi sur le logement, le paysage de la rue a changé. La classe ouvrière avait accès à des logements dignes de ce nom, construits dans des quartiers aérés par des espaces verts. Le parc du quartier en question est devenu une oasis verte dans un environnement de briques. L’architecte Michel de Klerk y a construit trois complexes de logements sociaux particuliers. Il a rompu avec la tradition et, au lieu des habituelles rangées de maisons étroites et ternes, il a construit des palais ouvriers monumentaux en briques diverses et de couleurs vives.