Expositions à ne pas manquer !

Expositions « 0,10 » et « Soleil noir » à la Fondation Beyeler, à Bâle (Suisse) jusqu’au 10 janvier 2016

et l’exposition « Bauhaus » au Vitra Design Museum à Weil am Rhein (Allemagne), jusqu’au 28 février 2016

Voici cent ans, durant l’hiver de 1915-1916, s’est tenue dans la ville russe de Petrograd (l’actuelle Saint-Pétersbourg) une exposition de quatorze artistes, sept hommes et sept femmes, de l’avant-garde russe.

Kasimir Malevitch, Jean Pougny, Ivan Kliun, Vladimir Tatline, Lioubov Popova, Olga Rozanova, Natan Altman, Nadejda Oudaltsova, Vassili Kamenski, Ksenia Bogouslavskaia, Vera Pestel, Maria Ivanovna Vasilieva, Anna Machailovna Kirillova et Mikhaïl Menkov

Cette manifestation allait s’affirmer comme l’une des plus influentes de l’histoire de l’art moderne. Kasimir Malevitch y présenta 39 peintures réalisées au cours de l’été 1915 dans le secret de son atelier et pour la première fois son « Carré noir », qui est devenu une véritable icône de l’art abstrait, tandis que Vladimir Tatline installait, pour la première fois également, son révolutionnaire Contre-relief angulaire, une sculpture abstraite, affranchie du socle et faite à partir de matériaux recyclés. En outre, d’autres artistes connus, aujourd’hui largement oubliés, exposèrent des toiles fascinantes qui offraient autant de réflexions sur les courants du cubisme et du futurisme, alors d’actualité sur la scène artistique européenne.

Intitulée « 0,10 », cette exposition voulait rappeler que le zéro du 0,10 signifiait qu’après la destruction de l’ancien monde de l’art, débuterait un nouveau. Il se réfère aussi au dixième pays, où, dans l’opéra futuriste « Victoire sur le soleil » dont Malevitch réalisa les décors, se situe le monde de la non-objectivité. Le zéro évoque encore le passage initiatique par le symbole purificateur, des quatorze artistes menés par Malevitch sur la voie de l’abstraction. Le dix indiquait aussi qu’il y avait une dizaine d’artistes à l’exposition. Il y en eut en fait quatorze.

À l’occasion du centenaire de cette présentation, la Fondation Beyeler organise après de longues années de recherches une exposition rassemblant à nouveau pour la première fois une grande partie des œuvres encore existantes – complétées par d’autres travaux datant de la même période. Cette reconstitution critique de l’exposition historique a bénéficié de précieux prêts du Musée national russe de Saint-Pétersbourg, de la Galerie d’État Tretiakov de Moscou, de 17 autres musées russes et de plusieurs collections occidentales de renom comme le Centre Pompidou de Paris, le Stedelijk Museum d’Amsterdam, le Musée Ludwig de Cologne et le MoMA de New York. Le commissaire invité est Matthew Drutt. L’AVC Charity Foundation et Cahiers d’Art ont généreusement soutenu ce projet.

Né en Ukraine, le peintre Kasimir Severinovitch, dit Malevitch, longtemps méconnu à l’Ouest, s’installe rapidement à Moscou, où la « Cathédrale de Rouen » de Monet, découverte en 1904, l’influence durablement. Membre de l’avant-garde à partir de 1907, il se tourne d’abord vers les mouvements néo-primitivistes, puis cubo-futuristes. En 1915, il trouve la forme d’expression qui fera sa célébrité, la simplicité radicale du tableau suprématiste (« Carré noir »).

Forme pure (le carré), « couleurs » qui n’en sont plus (le noir et blanc), la quête quasi mystique d’un monde sans représentation, d’un monde réduit à son substrat trouvera, quelques années plus tard, un achèvement dans la suite logique du Carré noir, le Carré blanc sur fond blanc (1918), où, à peine inventé, le monochrome est dépassé, le blanc était une sorte de vide ou de néant – « La blanche mer libre s’étend devant vous », lancera le peintre, lyrique. Lors de la même exposition de 1915, Vladimir Tatline montrait son contre-relief angulaire, dont l’absence de socle comme l’usage de matériaux recyclés faisaient une pièce tout aussi révolutionnaire.

En 1915, Malevitch a placé tout en haut, dans un angle d’une salle d’exposition de Saint-Pétersbourg, telle une icône, son célèbre Carré noir, qui créait un nouveau rapport entre figure et fond. À la place de la structure picturale cubiste en losange entourée de coins vides, il introduit la forme absolue du carré suspendu sur le fond blanc. C’est l’acte de naissance du suprématisme de Malevitch, qu’il définit en 1927 comme « la suprématie de la sensation pure dans les beaux-arts. » Dans la composition de la Fondation, le carré s’associe au cercle et au rectangle, autres formes fondamentales. Ils sont complétés par des éléments de plus petites dimensions d’un rouge éclatant, à travers lesquels Malevitch introduit également le motif dynamique de la diagonale. Le blanc du fond devient ici la surface sans dimension du néant, dans laquelle la dynamique des formes peut se déployer comme dans l’univers du non figuratif.

Où Kandinsky, autre père de l’abstraction (il faut se résoudre à admettre qu’il n’y eut pas qu’un inventeur et que la révolution se produisit presque simultanément en plusieurs endroits), visait au « spirituel dans l’art ». Tatline et Malevitch, captivés par la question de l’espace, se montrèrent plus radicaux encore, dans l’orbite du nihilisme. La tension entre ces deux esprits forts fut d’ailleurs à son comble lors du montage de « 0,10 »: un compromis dut être trouvé, sous la forme de salles séparées pour chacun des deux, entourés de leurs thuriféraires. Ce n’est pas sans heurts qu’on parvient à «délivrer l’art du poids inutile de l’objet», selon les mots de Malevitch.

Le « soleil noir » du peintre russe, un soleil carré en l’occurrence, continue donc d’inspirer les plasticiens. Parmi eux, Richard Serra, dont le minimalisme atteint au monumental, Sigmar Polke, dans des travaux à plusieurs degrés de lecture, et même Jenny Holzer – dans une série de «secrets» dont des bandes noires préservent l’anonymat.

En parallèle, l’exposition « Black Sun » présente, en se situant dans une perspective actuelle, un vaste choix d’œuvres majeures dans les domaines de la peinture, de la sculpture, de l’installation et du film, qui explorent le thème de l’influence immense qu’ont exercée Malevitch et son Carré Noir sur l’art contemporain.

L’exposition « Black Sun » se consacre à l’influence déterminante exercée jusqu’à nos jours par Kasimir Malevitch sur la production artistique de plusieurs générations. En même temps elle célèbre le centenaire de son iconique Carré noir. Elle présente des œuvres (peintures, sculptures, installations, films) de 36 artistes des XXème et XXIème siècles et se poursuit dans l’espace public avec des affiches noires de Santiago Sierra. À l’aide d’oeuvres majeures, elle éclaire les relations et les champs de tension conceptuels et formels entre l’art des cent dernières années et le Carré noir de Malevitch. Cette exposition a été réalisée en collaboration avec certains des artistes exposés. Avec des œuvres de: Josef Albers, Carl Andre, Alexander Calder, Olafur Eliasson, Dan Flavin, Lucio Fontana, Günther Förg, Felix Gonzalez-Torres, Wade Guyton, Damien Hirst, Jenny Holzer, Donald Judd, Ilya und Emilia Kabakov, Wassily Kandinsky, On Kawara, Ellsworth Kelly, Yves Klein, Sol LeWitt, Agnes Martin, Piet Mondrian, Jonathan Monk, Barnett Newman, Palermo, Philippe Parreno, Sigmar Polke, Ad Reinhardt, Gerhard Richter, Mark Rothko, Robert Ryman, Richard Serra, Santiago Sierra, Tony Smith, Jean Tinguely, Rosemarie Trockel, Andy Warhol et Lawrence Weiner

fondation Beyeler

Exposition « Bauhaus » au Vitra Design Museum à Weil am Rhein (Allemagne), jusqu’au 28 février 2016

Cette exposition d’envergure du Vitra Design Museum propose pour la première fois un aperçu complet de la notion de Bauhaus dans le domaine du design. Elle présente ainsi des œuvres rarement, voire jamais exposées, issues des domaines du design, de l’architecture, de l’art, du film et de la photographie, révélatrices des processus de création et des projets de société.

Dans le même temps, l’exposition confronte le concept du Bauhaus aux avancées actuelles dans le domaine du design, avec notamment la révolution numérique et les œuvres de nombre de designers et artistes d’aujourd’hui. La perspective contemporaine dévoile de nouvelles facettes du mouvement Bauhaus et sa surprenante actualité. Parmi les designers et artistes représentés, on retrouve Marianne Brandt, Marcel Breuer, Ronan et E rwan Bouroullec, Lyonel Feininger, Joseph Grima, Walter Gropius, Enzo Mari, Olaf Nicolai, Open Desk, Adrian Sauer, Oskar Schlemmer et bien d’autres.

Vitra Design Museum